dimanche 26 novembre 2017

mots à maux

Prendre une grande inspiration
éloigner les épaules des oreilles, désceller les lèvres
Expirer.

*

(Se) Faire confiance

*

Écrire.

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La semaine dernière, j'ai écris un billet qui a mis plus de deux mois à voir le jour. J'ai eu vraiment beaucoup de difficulté à trouver une façon d'écrire ma colère. J'y suis parvenue avec succès, je crois. Ce sont des mots qui (f)ont échos, colère résonnant profondément chez celles qui l'ont lu.

L'envie folle de récrire. L'envie folle de faire confiance à ces armes, à ces bonbons à ces douceurs qui semblent couler sous mes doigts, écrire tout le temps. Résistance acharnée, je devrais avoir un rythme régulier, je n'y arriverai jamais. Mots prisonniers corps douloureux, aussi bien les lâchés lousse.

Apprendre qu'un cours en ligne sur l'écriture de blog est offert en solo à 50 %. Écrire une dernière infolettre en tant que rédactrice en chef, j'ai le corps qui a mal de tous ces mots encore à dire.

Mon épaule crie de douleurs, les mots me restent en travers de la gorge, en haut de la colonne vertébrale, fondement de mon être. Je dois les crier au monde, les laisser fuir? Grandir avec eux, peut-être.

L'envie folle de dire oui. L'envie folle de pleurer les mots déjà écrit, revenir sur ma décision annoncée, et rester dans mon petit confort. Avec ce poids sur les épaules et la culpabilité de ne pas faire ce que je dois. Il est temps, c'est la fin de ma contribution à la Missive.

Je me ferai peut-être confiance et je laisserai aller mes larmes. Je me ferais peut-être confiance et je croirais que mes mots peuvent aident beaucoup plus que je les perçois blessant.

J'inspire la confiance.
Je laisse aller mes craintes et mes mots.
Je vais de l'avant? Je vais de l'avant.

(J'ai le sentiment que le titre de mon billet tombe dans le ringard, mais va falloir que je vive avec)

lundi 20 novembre 2017

Femme de colère


Je suis la rage écarlate, celle qui se terre dans mon corps, qui ne demande qu'à déferler sur le monde pour le nettoyer, pour calmer mon inconfort parce que je peine à vivre cette émotion.

D'aussi loin que je me souvienne, j'ai toujours eu l'emportement facile, l'envie d'exploser comme un volcan. J'ai tempéré cet envie, me croyant devenue plus sage, moins réactive alors que non. J'ai simplement intériorisée ce sentiment, au point ou même mon corps se modifie pour la cacher.

La cachée au plus profond de mon corps, oui! Il est temps maintenant de le retrouver, d'ouvrir la boite de pandore et laisser émerger ce sentiment qui me laisse inconfortable et me donne l'impression que je pourrais, si facilement, devenir She-Hulk...

Que faire! Taire, dire, exprimer, HURLER cette colère qui me ronge? Hurler de colère face au défilement de tous ces mots-clics #moiaussi, prononcé par quantité de femmes de mon entourage, que je connais toute? Pas de ces lointaines connaissances virtuelles, non, femmes de chaires et de sang... De devoir revoir les statistiques (si peu reluisante) concernant le viol et les agressions sexuelles, être frappée par toute cette proximité.

Le plus dérangeant dans tout ça, ce n'est pas vraiment le fait que je n'ai rien subi de tout ça, et que mettre trois semaines avant de réaliser que j'ai déjà subi un épisode de harcèlement parce que je ne savais pas ce que c'était... Un sentiment de colère profonde me prend à chaque fois, parce que je ne peux que constater que je détiens là l'incarnation du privilège... Ma sécurité et mon intégrité physique. sont. un. esti. de. privilège.

Je ne veux pas dire qu'inévitablement, il y a un nombre d'agressions qui doivent avoir lieu, et que j'ai gagné la loterie parce que ça ne m'est pas arrivé, mais bien que ma sécurité physique, qui est pourtant l'un de mes droits fondamentaux, justement, perd son statut de droit pour devenir un privilège. Et comme tous les privilèges, celui-ci s'est acquis au dépeint de d'autres, des femmes de mon entourage (mais pas que). C'est douloureux de changer de paradigme, d'arrêter de penser que j'ai simplement eu de la chance alors que c'est un privilège...

Depuis cette déferlante de constats, de dénonciation, je vois poindre un nombre d'articles sur la colère des femmes, celle que l'on ne doit pas vivre, on ne doit pas être en colère, les hommes... Les femmes aussi, sont inconfortables devant ces manifestations.

J'ai lu un article hier sur le parallèle entre le mythe de Méduse et la colère des femmes, comment elle est retournée contre nous (tsé, Athéna qui transforme Méduse parce que Poséidon la viole dans le temple d'Athéna...). Forcément, c'est de notre faute, toujours, toujours. Le slut-shaming et le viol ériger en système, héritage de la mythologie grecque, Zeus à la tête. 

Transposition de la colère des femmes en monstres qui figent tout sur leur passage, un sentiment invivable. Un sentiment qu'il ne faut pas connaitre, ne pas exprimer... Les femmes sont si belles, douces... Gardons-les dans cet état. Elles ne sont pas vraiment en colère, de toute manière...

Mon coeur s'embrase et je me mets à rêver, moi aussi, d'une société équitable où le viole ne serait plus pas érigé en système, qui ne donne  aucune acceptabilité sociale au viol. Qui ne donne aucune acceptabilité sociale à la violence et à l'inégalité des femmes...

En attendant, j'ai des petits garçons à qui apprendre, avec leur papa-pas-tout-à-fait-féministe-mais... le sens du mot non. Qu'il n'a aucune autre signification que non, même lorsqu'on joue... Puisque chaque petit geste compte dans l'échafaudage de ce changement sociétal.