Je suis la rage écarlate, celle qui se terre dans mon corps, qui ne demande qu'à déferler sur le monde pour le nettoyer, pour calmer mon inconfort parce que je peine à vivre cette émotion.
D'aussi loin que je me souvienne, j'ai toujours eu l'emportement facile,
l'envie d'exploser comme un volcan. J'ai tempéré cet envie, me croyant
devenue plus sage, moins réactive alors que non. J'ai simplement
intériorisée ce sentiment, au point ou même mon corps se modifie pour la cacher.
La cachée au plus profond de mon corps, oui! Il est temps maintenant de le retrouver, d'ouvrir la boite de pandore et laisser émerger ce sentiment qui me laisse inconfortable et me donne l'impression que je pourrais, si facilement, devenir She-Hulk...
Que faire! Taire, dire, exprimer, HURLER cette colère qui me ronge? Hurler de colère face au défilement de tous ces mots-clics #moiaussi, prononcé par quantité de femmes de mon entourage, que je connais toute? Pas de ces lointaines connaissances virtuelles, non, femmes de chaires et de sang... De devoir revoir les statistiques (si peu reluisante) concernant le viol et les agressions sexuelles, être frappée par toute cette proximité.
Le plus dérangeant dans tout ça, ce n'est pas vraiment le fait que je n'ai rien subi de tout ça, et que mettre trois semaines avant de réaliser que j'ai déjà subi un épisode de harcèlement parce que je ne savais pas ce que c'était... Un sentiment de colère profonde me prend à chaque fois, parce que je ne peux que constater que je détiens là l'incarnation du privilège... Ma sécurité et mon intégrité physique. sont. un. esti. de. privilège.
Je ne veux pas dire qu'inévitablement, il y a un nombre d'agressions qui doivent avoir lieu, et que j'ai gagné la loterie parce que ça ne m'est pas arrivé, mais bien que ma sécurité physique, qui est pourtant l'un de mes droits fondamentaux, justement, perd son statut de droit pour devenir un privilège. Et comme tous les privilèges, celui-ci s'est acquis au dépeint de d'autres, des femmes de mon entourage (mais pas que). C'est douloureux de changer de paradigme, d'arrêter de penser que j'ai simplement eu de la chance alors que c'est un privilège...
Depuis cette déferlante de constats, de dénonciation, je vois poindre un nombre d'articles sur la colère des femmes, celle que l'on ne doit pas vivre, on ne doit pas être en colère, les hommes... Les femmes aussi, sont inconfortables devant ces manifestations.
J'ai lu un article hier sur le parallèle entre le
mythe de Méduse et la colère des femmes, comment elle est retournée contre nous (tsé, Athéna qui transforme Méduse parce que Poséidon la viole dans le temple d'Athéna...). Forcément, c'est de notre faute, toujours, toujours. Le slut-shaming et le viol ériger en système, héritage de la mythologie grecque, Zeus à la tête.
Transposition de la colère des femmes en monstres qui figent tout sur leur passage, un sentiment invivable. Un sentiment qu'il ne faut pas connaitre, ne pas exprimer... Les femmes sont si belles, douces... Gardons-les dans cet état. Elles ne sont pas vraiment en colère, de toute manière...
Mon coeur s'embrase et je me mets à rêver, moi aussi, d'une société équitable où le viole ne serait plus pas érigé en système, qui ne donne aucune acceptabilité sociale au viol. Qui ne donne aucune acceptabilité sociale à la violence et à l'inégalité des femmes...
En attendant, j'ai des petits garçons à qui apprendre, avec leur papa-pas-tout-à-fait-féministe-mais... le sens du mot non. Qu'il n'a aucune autre signification que non, même lorsqu'on joue... Puisque chaque petit geste compte dans l'échafaudage de ce changement sociétal.